Analyse de la plus grande étude de cohorte à ce jour (101 732 adultes américains suivis 12,2 ans) sur le lien entre consommation d'UPF et incidence du cancer du poumon, NSCLC et SCLC.
L'étude PLCO 2025 publiée dans la revue Thorax (groupe BMJ) le 29 juillet 2025 par l'équipe de Kanran Wang, Junhan Zhao, Mao Sun, Wei Zhou & Yongzhong Wu (Chongqing Cancer Hospital / Chongqing University Cancer Hospital, avec une collaboration Harvard Medical School) est la plus grande étude prospective jamais menée sur le lien entre la consommation d'aliments ultra-transformés (UPF) et le risque de cancer du poumon.
Cet article Medscape France, signé par Nathalie Raffier, reprend cette étude et la met en perspective avec la littérature existante. Voici une synthèse vulgarisée et illustrée avec accordéon, graphiques interactifs et références cliquables vers les sources primaires.
Les aliments ultra-transformés sont définis selon la classification NOVA (Université de São Paulo, 2019, mise à jour 2024), qui classe tous les aliments en 4 groupes selon leur degré de transformation industrielle — et non selon leur valeur nutritionnelle.
L'étude s'est concentrée sur les UPF effectivement présents dans le Diet History Questionnaire (DHQ) validé du NIH. Les auteurs ont retenu 18 sous-catégories :
L'étude PLCO (« Prostate, Lung, Colorectal and Ovarian Cancer Screening Trial ») est un essai contrôlé randomisé conduit par le National Cancer Institute (NCI) américain dans 10 centres de dépistage aux États-Unis entre novembre 1993 et juillet 2001. Environ 155 000 participants âgés de 55 à 74 ans ont été randomisés entre un groupe « dépistage » et un groupe « soins usuels ».
Pour la présente analyse, les chercheurs ont inclus 101 732 participants ayant rempli un Diet History Questionnaire (DHQ) validé et ayant passé les critères d'exclusion (antécédent de cancer, données alimentaires incomplètes, etc.). L'âge moyen était de 62,5 ans, avec 50 187 hommes et 51 545 femmes.
Les participants ont été divisés en 4 quartiles selon leur consommation d'UPF ajustée à l'énergie (Q1 = plus faible, Q4 = plus forte). Après ajustement sur l'âge, le sexe, le statut tabagique, la qualité globale de l'alimentation (HEI-2015), l'IMC, l'activité physique et le niveau d'éducation :
Les analyses avec modèles de régression spline cubique restreinte montrent une relation non linéaire entre la consommation d'UPF et le risque de cancer du poumon et de NSCLC : le risque augmente plus fortement à partir du 3ᵉ quartile, puis plafonne. Pour le SCLC, la relation est linéaire — chaque portion supplémentaire d'UPF ajoute du risque de manière constante.
Cette forme de courbe est typique des expositions chroniques à faible dose : il existe un seuil d'effet, et au-delà le surrisque évolue peu. Cela suggère qu'une réduction modeste de la consommation d'UPF (passer du quartile 4 au quartile 2 par exemple) pourrait suffire à récupérer une grande partie du bénéfice.
Les HR restent statistiquement significatifs dans la majorité des sous-groupes :
Le cancer du poumon n'est pas une maladie unique, mais un groupe hétérogène de tumeurs classées selon la Classification internationale des maladies en oncologie (ICD-O-2) :
L'étude PLCO identifie 5 mécanismes principaux par lesquels les UPF pourraient augmenter le risque de cancer du poumon :
Une hypothèse émergente est celle de l'axe intestin-poumon : les émulsifiants et additifs présents dans les UPF perturbent le microbiote intestinal, ce qui augmente la perméabilité intestinale et le passage de fragments bactériens (LPS) dans la circulation sanguine. Ces fragments activent les récepteurs TLR4 présents sur les macrophages alvéolaires, déclenchant une inflammation pulmonaire chronique de bas grade qui favorise la cancérogenèse.
Ce mécanisme explique pourquoi l'effet des UPF persiste après ajustement sur la qualité nutritionnelle globale : ce n'est pas tant ce que l'UPF apporte (sucre, gras) que ce qu'il provoque (dysbiose, endotoxémie) qui est délétère.
L'étude PLCO s'inscrit dans un ensemble de grandes cohortes prospectives qui convergent vers un surrisque UPF-cancer, pour de multiples localisations :
Les résultats sont globalement cohérents entre cohortes pour la plupart des cancers. Quelques divergences méritent d'être signalées :
Une revue « parapluie » publiée dans le BMJ en 2024 par Lane et al. a synthétisé 45 méta-analyses couvrant 32 effets santé. Conclusion : les preuves d'association entre UPF et mortalité, diabète, obésité, événements cardiovasculaires, dépression et mortalité par cancer sont convaincantes ou très suggestives (niveau de preuve I ou II selon les critères GRADE).
Plusieurs éditorialistes du Thorax et de revues voisines ont salué la taille et la rigueur de l'étude, tout en émettant des réserves :