Premier facteur de risque de perte d'années de vie en bonne santé, devant le tabac, l'alcool et la sédentarité. Décryptage des données présentées par la Dre Sophie Guyonnet (IHU HealthAge, Toulouse).
Rang de l'alimentation parmi les causes de perte d'années de vie en bonne santé
Répartition des 22 % de décès attribuables (étude 195 pays, 2017)
Excès de sodium, manque de céréales complètes et manque de fruits
L'alimentation constitue le premier facteur de risque de perte d'années de vie en bonne santé, devant le tabac, l'alcool et la sédentarité. C'est le message fort porté par la Dre Sophie Guyonnet (IHU HealthAge, Toulouse) au cours du 14ᵉ Congrès francophone sur la fragilité du sujet âgé (16-17 juin 2026, Toulouse).
Selon une étude menée dans 195 pays, l'alimentation de mauvaise qualité a été responsable en 2017 de 22 % de l'ensemble des décès dans la population adulte. Un chiffre considérable, qui place l'assiette au rang de problème de santé publique majeur, et pas uniquement chez le sujet âgé.
Les trois principaux facteurs étaient, dans l'ordre :
Dans la majeure partie des cas, ces décès étaient très majoritairement associés à des maladies cardiovasculaires, puis à des cancers et à un diabète de type 2.
La promotion du vieillissement en bonne santé passe donc par l'alimentation, qui doit être appréhendée précocement tout au long de la vie.
Il n'en reste pas moins qu'elle demande « un focus encore plus important avec le vieillissement, car il existe des enjeux nutritionnels spécifiques avec l'avancée en âge, qui peuvent contribuer à un déséquilibre nutritionnel ou à une dénutrition », a souligné la Dre Guyonnet.
C'est pourquoi le programme ICOPE (Integrated Care for Older People, OMS) intègre un monitorage systématique de la fonction « nutrition » chez le sujet âgé, à travers deux critères simples mais très prédictifs :
Dès que l'un ou l'autre est vérifié, une évaluation approfondie est nécessaire. Pour les autres, les messages du dernier Plan national nutrition santé (PNNS) spécifiques à cet âge peuvent être rappelés.
La 5ᵉ version du PNNS a été publiée cette année. « C'est un programme qui a une forte ambition d'ici 2030, celle de prévenir les maladies chroniques, d'améliorer l'accès à une alimentation saine, durable et de qualité, et d'accompagner les transformations durables du système alimentaire tout en réduisant les inégalités sociales et territoriales de nutrition. »
Dans les grandes lignes, le PNNS 5 porte plusieurs messages clés :
Le programme ICOPE de l'Organisation mondiale de la Santé propose un dépistage simple en 6 étapes (vue, audition, cognition, mobilité, psychologie, nutrition) pour repérer la fragilité chez les personnes de 60 ans et plus, en soins primaires.
Pour la nutrition, deux critères d'alerte suffisent à déclencher une évaluation approfondie :
La dénutrition touche 4 à 10 % des personnes âgées vivant à domicile, et jusqu'à 30 à 50 % en EHPAD ou lors d'une hospitalisation. Elle aggrave le pronostic de toutes les pathologies, augmente le risque de chutes, de fractures, d'infections nosocomiales et de déclin cognitif. Repérer tôt = agir tôt.
L'adhésion aux préconisations du PNNS permet d'améliorer la longévité en bonne santé. Mais il existe aussi des différences significatives entre les différents régimes diététiques équilibrés.
Une large étude nord-américaine publiée dans Nature Medicine en 2024 l'a confirmé après avoir rapproché des indicateurs de santé cognitive, physique et mentale de plus de 100 000 sujets âgés avec le régime alimentaire habituellement suivi au long cours.
Les chercheurs ont catégorisé les personnes suivies en 8 profils d'habitudes alimentaires, dont :
Par rapport à ce dernier groupe, l'adhésion aux habitudes alimentaires saines était associée à une augmentation des chances de vieillir en bonne santé comprise entre 45 % et 86 % selon le régime considéré. Un effet majeur, observé sur les trois dimensions : cognitive, physique et mentale.
Au niveau des aliments eux-mêmes, les auteurs ont aussi identifié les composantes alimentaires les plus fortement associées au vieillissement en bonne santé. Les apports élevés en fruits, légumes, céréales complètes, graisses insaturées, fruits à coque, légumineuses et produits laitiers allégés étaient ceux qui étaient le plus fortement associés au vieillissement en bonne santé. À l'inverse, les apports élevés en graisses trans, en sodium, en boissons sucrées et en viandes rouges et/ou transformées étaient associés à une diminution des chances de vieillir en bonne santé. En pratique, ce sont donc moins les « régimes à la mode » qui comptent que la composition réelle de l'assiette, au quotidien.
Augmentation du pourcentage de chances, par rapport au régime « ultratransformé » (référence = 0 %)
Impact relatif des principales composantes alimentaires sur la longévité en bonne santé (étude Nature Medicine, 2024)