Analyse du rapport The State of Food Security and Nutrition in the World 2026 — publié par 5 agences de l'ONU : FAO, FIDA, PAM, OMS, UNICEF (juillet 2026)
L'ONU vient de publier son rapport annuel sur la sécurité alimentaire, le SOFI 2026 (The State of Food Security and Nutrition in the World), co-publié par cinq agences : FAO, FIDA, PAM, OMS et UNICEF.
Pour la troisième année consécutive, la faim chronique recule. En 2025, elle touche 7,8% de l'humanité, soit 645 millions de personnes. 14 millions de moins en un an et 43 millions de moins qu'en 2022. Une bonne nouvelle. Elle prouve que la faim n'est pas une fatalité.
Mais le même rapport chiffre déjà l'échec : entre 510 et 520 millions d'êtres humains souffriront encore de la faim en 2030, date à laquelle l'objectif « Faim zéro », inscrit en 2015 parmi les Objectifs de développement durable de l'ONU, devait être atteint.
Cette moyenne mondiale raconte une histoire incomplète. Après le pic de la Covid-19, le recul de la faim observé depuis 2022 est principalement tiré par l'Asie et l'Amérique latine. L'Afrique, elle, s'enfonce à contre-courant.
La faim chronique recule donc globalement, mais pendant ce temps, la faim aiguë s'installe dans les zones de crise. En 2025, 266 millions de personnes ont connu une insécurité alimentaire aiguë élevée. La proportion touchée a presque doublé depuis 2016.
Cette concentration de la faim dans les zones de conflit est un signal d'alarme : les mécanismes classiques de prévention et d'assistance humanitaire (PAM, FAO, ONG) atteignent leurs limites quand l'accès à la nourriture est utilisé comme arme de guerre.
Et à l'autre extrémité du fléau, plus d'un milliard de personnes vivent avec une obésité. Le monde engraisse et meurt de faim dans le même souffle.
Le système alimentaire mondial ne distribue pas la nutrition. Il distribue ce que chacun peut payer. Les calories industrielles les moins chères remplissent l'estomac, puis abîment la santé. Sous-poids et surpoids sont deux résultats d'un même marché mal organisé.
Le SOFI 2026 en apporte l'illustration : 2,69 milliards de personnes, près d'un tiers de l'humanité, ne peuvent pas financer une alimentation saine.
Surtout, 70 à 75% du prix payé par le consommateur se forme après la ferme, par la transformation, la logistique et le commerce, qui peuvent représenter jusqu'à 40% du coût.
Dès 1981, Amartya Sen (Harvard, prix Nobel d'économie 1998) expliquait qu'une famine résultait souvent moins d'un manque global que de l'impossibilité d'obtenir la nourriture disponible.
Cette approche, qui reste la référence théorique dominante, explique pourquoi la simple augmentation de la production agricole ne suffit pas à éradiquer la faim. La Banque mondiale, la FAO et le PAM intègrent désormais cette grille de lecture dans leurs politiques de lutte contre la faim.
Les moyens existent. Une estimation FAO-FIDA-PAM de 2015, ancienne mais toujours la plus complète, évaluait à 267 milliards de dollars par an, soit 0,2% du PIB mondial, l'effort nécessaire pour éliminer durablement la faim.
Pour mettre ce chiffre en perspective, au premier semestre 2026, les fusions-acquisitions ont mobilisé plus de 2 800 milliards de dollars. Quant aux dépenses militaires, elles ont atteint 2 887 milliards en 2025, onzième année de hausse d'affilée. Nourrir durablement le monde représenterait une fraction de ce qu'on trouve en un clin d'œil pour racheter des entreprises ou acheter des armes.
D'autant que l'inaction coûte cher. Selon la Banque mondiale, chaque dollar investi contre la sous-nutrition en rapporte 23, tandis que l'absence d'action pourrait coûter 41 000 milliards de dollars sur dix ans.
Mais on préfère soigner le mal avéré, attendre la famine déclarée et les caméras, plutôt que prévenir. La faim n'est pas un problème de production. La Terre nourrit assez pour tous. C'est un problème de répartition et d'accès.
En 2015, les États membres de l'ONU ont inscrit l'ODD 2 (Objectif de développement durable n°2) dans l'Agenda 2030 : « Faim zéro », soit l'élimination de toutes les formes de malnutrition d'ici 2030.
Selon les projections du SOFI 2026, entre 510 et 520 millions d'êtres humains souffriront encore de la faim en 2030, soit ~80% de l'objectif manqué par rapport à la cible de zéro.
Liste exhaustive des références scientifiques et institutionnelles citées dans cette analyse :
Note : toutes les références [1]–[11] sont issues de sources institutionnelles et universitaires vérifiées.