Dr.Mghazli.M.A
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Dr. Mghazli M. A.

🌍 Une histoire sans faim — Rapport SOFI 2026

Analyse du rapport The State of Food Security and Nutrition in the World 2026 — publié par 5 agences de l'ONU : FAO, FIDA, PAM, OMS, UNICEF (juillet 2026)

FAO — Open Knowledge  ·  OMS — SOFI 2026  ·  PAM — WFP  ·  FIDA — IFAD  ·  UNICEF — Synthèse

645 M
Sous-alimentés (2025)
7,8% de l'humanité
266 M
Faim aiguë élevée
Quasi doublée depuis 2016
1 Md+
Obèses dans le monde
Double fléau alimentaire
2,69 Mds
Sans alimentation saine
~ 1/3 de l'humanité
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Vue d'ensemble — Le SOFI 2026, un rapport à double visage

L'ONU vient de publier son rapport annuel sur la sécurité alimentaire, le SOFI 2026 (The State of Food Security and Nutrition in the World), co-publié par cinq agences : FAO, FIDA, PAM, OMS et UNICEF.

Pour la troisième année consécutive, la faim chronique recule. En 2025, elle touche 7,8% de l'humanité, soit 645 millions de personnes. 14 millions de moins en un an et 43 millions de moins qu'en 2022. Une bonne nouvelle. Elle prouve que la faim n'est pas une fatalité.

Mais le même rapport chiffre déjà l'échec : entre 510 et 520 millions d'êtres humains souffriront encore de la faim en 2030, date à laquelle l'objectif « Faim zéro », inscrit en 2015 parmi les Objectifs de développement durable de l'ONU, devait être atteint.

📊 Conclusion principale : Le progrès existe, mais il reste réservé à ceux qui disposent des politiques, des revenus et des infrastructures capables de le transformer en repas. La moyenne mondiale raconte une histoire incomplète.
Référence principale : FAO, FIDA, OMS, PAM & UNICEF. The State of Food Security and Nutrition in the World 2026. Rome, FAO. DOI / FAO Open Knowledge
📊 Évolution de la faim chronique dans le monde (2019–2025)
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② Afrique vs Asie — La fracture géographique

Cette moyenne mondiale raconte une histoire incomplète. Après le pic de la Covid-19, le recul de la faim observé depuis 2022 est principalement tiré par l'Asie et l'Amérique latine. L'Afrique, elle, s'enfonce à contre-courant.

  • Afrique : 309 millions de personnes sous-alimentées sur 1,6 milliard d'habitants (≈ 1 Africain sur 5)
  • Asie : 292 millions de sous-alimentés pour une population de près de 4 milliards d'habitants (proportionnellement bien moins)
⚠️ Paradoxe statistique : Une statistique globale peut donc s'améliorer pendant qu'un continent s'enfonce. Le progrès existe, mais il reste réservé à ceux qui disposent des politiques, des revenus et des infrastructures capables de le transformer en repas.
📊 Sous-alimentation : Afrique vs Asie (millions de personnes, 2025)
Fracture géographique — Sous-alimentation par continent (2025) AFRIQUE — 309 M sur 1,6 Md habitants : 1 sur 5 19,3% Taux de sous-alimentation ASIE — 292 M sur 4 Md habitants : 7,3% 7,3% Taux de sous-alimentation « Un Africain sur cinq souffre encore de la faim, là où l'Asie en compte proportionnellement bien moins. » — SOFI 2026
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③ La faim aiguë — Gaza, Soudan, et la bascule des conflits

La faim chronique recule donc globalement, mais pendant ce temps, la faim aiguë s'installe dans les zones de crise. En 2025, 266 millions de personnes ont connu une insécurité alimentaire aiguë élevée. La proportion touchée a presque doublé depuis 2016.

⚠️ Première historique : Gaza et certaines parties du Soudan ont connu simultanément des conditions de famine, une première dans l'histoire du rapport. Le conflit reste le premier moteur de cette faim aiguë. Ici, la nourriture est détruite, bloquée ou rendue inaccessible.

Cette concentration de la faim dans les zones de conflit est un signal d'alarme : les mécanismes classiques de prévention et d'assistance humanitaire (PAM, FAO, ONG) atteignent leurs limites quand l'accès à la nourriture est utilisé comme arme de guerre.

📊 Évolution de l'insécurité alimentaire aiguë élevée (2016–2025)
Méthodologie : L'insécurité alimentaire aiguë est mesurée par l'échelle IPC/CH (Integrated Food Security Phase Classification), qui classe les populations en 5 phases (1 : minimale → 5 : famine). www.ipcinfo.org
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④ Le double fléau — Sous-poids ET surpoids

Et à l'autre extrémité du fléau, plus d'un milliard de personnes vivent avec une obésité. Le monde engraisse et meurt de faim dans le même souffle.

Le système alimentaire mondial ne distribue pas la nutrition. Il distribue ce que chacun peut payer. Les calories industrielles les moins chères remplissent l'estomac, puis abîment la santé. Sous-poids et surpoids sont deux résultats d'un même marché mal organisé.

⚖️ Double charge de la malnutrition : Ce concept, reconnu par l'OMS et la FAO, désigne la coexistence de la sous-nutrition (faim, retards de croissance, carences) et du surpoids/obésité au sein des mêmes populations, des mêmes ménages, voire des mêmes individus au cours de leur vie. OMS — Double charge
📊 Le double fléau alimentaire mondial (2025)
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⑤ Le coût de l'alimentation saine — 2,69 milliards d'exclus

Le SOFI 2026 en apporte l'illustration : 2,69 milliards de personnes, près d'un tiers de l'humanité, ne peuvent pas financer une alimentation saine.

Surtout, 70 à 75% du prix payé par le consommateur se forme après la ferme, par la transformation, la logistique et le commerce, qui peuvent représenter jusqu'à 40% du coût.

🚚 Le problème n'est pas dans les champs : Il se trouve dans les revenus, les routes, le stockage, la chaîne du froid, les marges et l'organisation des marchés.
📊 Formation du prix alimentaire : ferme vs après-ferme
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⑥ Amartya Sen — La faim comme problème d'accès, pas de production

Dès 1981, Amartya Sen (Harvard, prix Nobel d'économie 1998) expliquait qu'une famine résultait souvent moins d'un manque global que de l'impossibilité d'obtenir la nourriture disponible.

📚 Concept de « capability approach » : Sen introduit la notion de droit d'accès (entitlement) à la nourriture. Une famine peut survenir dans un pays qui exporte des denrées, si les ménages les plus pauvres n'ont ni terre, ni emploi, ni revenu pour acheter la nourriture pourtant disponible. Poverty and Famines: An Essay on Entitlement and Deprivation (Oxford, Clarendon Press, 1981).

Cette approche, qui reste la référence théorique dominante, explique pourquoi la simple augmentation de la production agricole ne suffit pas à éradiquer la faim. La Banque mondiale, la FAO et le PAM intègrent désormais cette grille de lecture dans leurs politiques de lutte contre la faim.

Référence académique : Sen, A. (1981). Poverty and Famines: An Essay on Entitlement and Deprivation. Oxford : Clarendon Press. Harvard Scholars — Sen  |  Oxford Academic Press
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⑦ Les moyens existent — Mais le rang moral fait défaut

Les moyens existent. Une estimation FAO-FIDA-PAM de 2015, ancienne mais toujours la plus complète, évaluait à 267 milliards de dollars par an, soit 0,2% du PIB mondial, l'effort nécessaire pour éliminer durablement la faim.

Pour mettre ce chiffre en perspective, au premier semestre 2026, les fusions-acquisitions ont mobilisé plus de 2 800 milliards de dollars. Quant aux dépenses militaires, elles ont atteint 2 887 milliards en 2025, onzième année de hausse d'affilée. Nourrir durablement le monde représenterait une fraction de ce qu'on trouve en un clin d'œil pour racheter des entreprises ou acheter des armes.

💰 Hiérarchie des priorités : Qu'une guerre éclate, qu'une méga-fusion se profile, qu'une banque menace de tomber, et les milliards surgissent en quelques jours. Face à la faim, le monde redécouvre soudain la rareté.
📊 Comparaison des ordres de grandeur (milliards de dollars)
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⑧ Coût de l'inaction — Le rapport 23:1 de la Banque mondiale

D'autant que l'inaction coûte cher. Selon la Banque mondiale, chaque dollar investi contre la sous-nutrition en rapporte 23, tandis que l'absence d'action pourrait coûter 41 000 milliards de dollars sur dix ans.

Mais on préfère soigner le mal avéré, attendre la famine déclarée et les caméras, plutôt que prévenir. La faim n'est pas un problème de production. La Terre nourrit assez pour tous. C'est un problème de répartition et d'accès.

📐 Rapport coût/bénéfice : 1 $ investi23 $ de retour. Soit un rendement de 2 300%. C'est l'un des meilleurs retours sur investissement identifiés par la Banque mondiale, loin devant la plupart des projets d'infrastructure.
📊 Investir maintenant vs payer plus tard (milliards de dollars sur 10 ans)
Référence : Banque mondiale — Repositioning Nutrition as Central to Development (2006, mis à jour 2024). www.worldbank.org — Nutrition
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⑨ La cible « Faim zéro » à l'horizon 2030 — Un ODD déjà manqué

En 2015, les États membres de l'ONU ont inscrit l'ODD 2 (Objectif de développement durable n°2) dans l'Agenda 2030 : « Faim zéro », soit l'élimination de toutes les formes de malnutrition d'ici 2030.

Selon les projections du SOFI 2026, entre 510 et 520 millions d'êtres humains souffriront encore de la faim en 2030, soit ~80% de l'objectif manqué par rapport à la cible de zéro.

📉 Bilan de mi-parcours (2015–2025) : Si le recul de la faim observé depuis 2022 se poursuit au même rythme, l'ODD 2 ne sera pas atteint. Le rythme actuel d'amélioration est insuffisant pour combler l'écart restant d'ici 2030.
📊 Trajectoire vers l'ODD 2 « Faim zéro » (millions de personnes sous-alimentées)
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⑩ Références scientifiques et institutionnelles

Liste exhaustive des références scientifiques et institutionnelles citées dans cette analyse :

[1] FAO, FIDA, OMS, PAM & UNICEF. (2026). The State of Food Security and Nutrition in the World 2026 (SOFI 2026). Rome : FAO. DOI / FAO Open Knowledge
[2] OMS — The State of Food Security and Nutrition in the World 2026 (page officielle). www.who.int
[3] PAM (WFP) — SOFI Report 2026. www.wfp.org
[4] FIDA (IFAD) — SOFI 2026. www.ifad.org
[5] UNICEF Suisse — Synthèse du SOFI 2026 (21 juillet 2026). www.unicef.ch
[6] Sen, A. (1981). Poverty and Famines: An Essay on Entitlement and Deprivation. Oxford : Clarendon Press. Harvard Scholars  |  Oxford UP
[7] Banque mondiale — Repositioning Nutrition as Central to Development (2006, mis à jour 2024). Rapport « 1 dollar = 23 dollars ». www.worldbank.org — Nutrition
[8] IPC (Integrated Food Security Phase Classification) — méthodologie de classification de l'insécurité alimentaire aiguë. www.ipcinfo.org
[9] OMS — Double burden of malnutrition (16 mai 2024). www.who.int
[10] Nations Unies — Objectifs de développement durable (ODD), ODD 2 « Faim zéro ». sdgs.un.org
[11] SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) — Yearbook 2025, dépenses militaires mondiales 2025. www.sipri.org

Note : toutes les références [1]–[11] sont issues de sources institutionnelles et universitaires vérifiées.