Analyse détaillée de l'expertise ANSES (5 février 2026) — Seconde partie — coordonnée par Laurent Guillier (ANSES)
Chaque année en France, pays du fromage au lait cru s'il en est, des toxi-infections alimentaires surviennent à la suite de la consommation de fromages au lait cru contaminés. Face à ce constat récurrent, l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) a mené en deux volets une expertise approfondie sur toute la chaîne, de la production du lait jusqu'à la consommation.
Le second volet est coordonné par Laurent Guillier, chercheur ANSES spécialiste en modélisation quantitative du risque microbiologique. L'Anses a conçu, en collaboration avec un groupe d'experts, un modèle inédit simulant l'évolution des bactéries pathogènes depuis les élevages jusqu'aux consommateurs. Cet outil — fondé sur la littérature scientifique et les données des filières — est désormais mis à disposition des professionnels et de la communauté scientifique.
Le second volet de l'expertise s'est concentré sur les trois bactéries responsables de la majorité des toxi-infections associées à la consommation de fromages au lait cru :
Ces pathogènes sont présents naturellement dans le tube digestif des ruminants et peuvent contaminer le lait lors de la traite, puis proliférer dans le fromage au cours de l'affinage si les conditions le permettent.
L'ANSES a classé les fromages au lait cru selon leur niveau de risque microbiologique. Les fromages les plus à risque sont ceux dont les conditions de fabrication et d'affinage (pH, activité de l'eau, durée) sont favorables à la survie et à la multiplication des pathogènes.
Avant d'arriver dans l'assiette du consommateur, un fromage au lait cru passe par quatre étapes, toutes potentiellement sources de contamination :
À chaque étape, des contaminations peuvent se produire par :
Dans les élevages, la mesure complémentaire la plus efficace identifiée par le modèle ANSES consiste à rendre les troupeaux bovins indemnes des bactéries identifiées comme particulièrement à risque pour l'être humain lors du premier volet (2022) :
La détection des animaux porteurs permettrait de les isoler et d'éviter leur introduction dans des élevages indemnes. Cette approche est déjà mise en œuvre dans plusieurs pays européens pour Salmonella Dublin.
Côté pratiques d'élevage, l'ANSES rappelle que les bonnes pratiques d'élevage et d'hygiène sont bien connues dans les filières, et que les efforts déjà engagés en matière d'hygiène de la traite et de gestion des mammites doivent être poursuivis.
À l'étape de fabrication du fromage, les scientifiques de l'ANSES soulignent l'importance d'une acidification rapide du lait, qui ralentit la multiplication des bactéries pathogènes.
L'expertise recommande que cette acidification soit :
L'expertise montre que les auto-contrôles réalisés par les professionnels constituent un outil efficace pour détecter précocement les contaminations et permettre la mise en œuvre rapide de mesures correctives, contribuant ainsi à réduire le risque de transmission aux consommateurs.
Pour évaluer l'efficacité des mesures préventives, l'ANSES et son groupe de travail d'experts ont conçu un modèle quantitatif inédit simulant l'évolution des bactéries pathogènes depuis l'élevage jusqu'au consommateur.
Ce modèle est :
Ce modèle ouvre la voie à des analyses coût-efficacité des différentes mesures préventives et à une amélioration continue des pratiques, au bénéfice de la sécurité sanitaire des fromages au lait cru.
Même si la maîtrise du risque repose en premier lieu sur des mesures mises en œuvre par les professionnels, plusieurs recommandations concernent directement les consommateurs les plus vulnérables.
Ces populations devraient éviter de manger des fromages au lait cru, à l'exception des fromages à pâte pressée cuite comme le gruyère ou le comté.
Au-delà des populations à risque qui doivent éviter les fromages au lait cru, l'ANSES rappelle quelques règles essentielles pour tous les consommateurs :
Liste exhaustive des références scientifiques et institutionnelles citées dans cette analyse :
Note : toutes les références [1]–[12] sont issues de sources institutionnelles et vérifiées.