Nucléarisation, mariage tardif, baisse de la fécondité...
Les transformations démographiques du Maroc analysées par le HCP
Le Haut-Commissariat au Plan a présenté le 8 avril 2025 les résultats de la 2ème édition de l'Enquête Nationale sur la Famille (ENF), après celle de 1995.
Selon Chakib Benmoussa, haut-commissaire au plan, cette étude intervient "à un moment où la société marocaine connaît des transitions sociodémographiques, économiques et culturelles profondes".
Les résultats montrent "une recomposition progressive des modèles familiaux, marquée par la prédominance croissante des structures centrées sur le noyau parental et le recul des formes de cohabitation élargie".
Contre moins de 61% en 1995 - polarisation accrue autour du noyau parental
En hausse par rapport à 3.4% en 1995, porté par les "nids vides" et le vieillissement
Des chefs de ménage résident dans la même localité que leurs parents
En recul par rapport à 29.3% en 1995 - signe de plus grande mixité
La nucléarisation s'affirme comme un vecteur de recomposition des formes de cohabitation au Maroc.
Données clés:
Interpretation:
La prédominance croissante des structures centrées sur le noyau parental indique une polarisation accrue du groupe domestique autour du noyau parental. Ce phénomène reflète les transformations économiques, sociales et résidentielles du pays.
Statistiques alarmantes:
Âge moyen au premier mariage:
Évolution des mariages:
Cohabitation intergénérationnelle:
Vulnérabilité économique:
Défis identifiés:
Projections démographiques à l'horizon 2040:
Conséquences anticipées:
1. Ne pas moraliser ces évolutions
La baisse de la fécondité, le report du mariage ou la réduction de la taille des familles "ne peuvent pas être lus comme un simple relâchement des valeurs". Les comportements démographiques résultent d'arbitrages dans un environnement économique, social et institutionnel donné.
2. Ne pas isoler les variables
"On ne peut pas parler correctement de fécondité sans parler de coût de l'enfant, de logement, d'éducation, de stabilité de l'emploi et de charge du care." Le vrai sujet n'est pas sectoriel, il est systémique.
3. Ne pas voir uniquement des charges
Le vieillissement "ouvre aussi un champ économique et social nouveau": silver economy, économie du care, adaptation de l'habitat, services de proximité. "Certains défis peuvent devenir des leviers de rééquilibrage".
Facteurs économiques:
Facteurs sociaux:
Conséquences des décisions familiales:
Selon Younes Lhadj Kacem:
"La question centrale me paraît être celle de la soutenabilité intergénérationnelle. Une société ne tient pas seulement par ses équilibres budgétaires. Elle tient aussi par la perception d'un pacte implicite entre générations."
Chantiers prioritaires:
À moyen et long terme:
4 chantiers liés pour le vieillissement:
| Indicateur | 1995 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Ménages nucleaires | 61% | 73% | +12 points |
| Couples sans enfants | 3.4% | 9.4% | +6 points |
| Mariages entre apparentés | 29.3% | 20.9% | -8.4 points |
| Âge moyen mariage (F) | - | 26.3 ans | - |
| Âge moyen mariage (H) | - | 33.3 ans | - |
| Célibataires ne voulant pas se marier | - | 52% | - |
| Hommes refusant le mariage | - | 59.8% | - |
| Seniors vivant avec un enfant | - | 59.3% | - |
| Seniors sans source de revenu | - | 31% | - |
"Le Maroc n'est pas face à une crise de la famille au sens moral du terme. Il est face à une reconfiguration de ses équilibres démographiques, sociaux et économiques."
"La vraie question n'est pas de regretter un ancien modèle ni de commenter séparément chaque variable. Elle est de savoir si l'on est capable de reconstruire, dans un cadre démographique plus contraint, un modèle cohérent où emploi, activité féminine, soin à autrui, logement, protection sociale, santé, productivité et solidarités intergénérationnelles soient pensés ensemble."
"Ce n'est qu'en treatant que la retraite sans traiter dépendance, soins, habitat, couverture maladie et soutien aux aidants, qu'on sous-estime la nature du problème."