Comment une poignée de producteurs d'énergies fossiles sont responsables de la hausse des canicules dans le monde
Les carbon majors sont des producteurs privés et publics d'énergies fossiles ainsi que des États-nations qui ont émis d'importantes quantités de CO2 depuis 1854.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Nombre total de carbon majors | 180 |
| Émissions représentées | 57% du CO2 anthropique total |
| Période mesurée | 1854-2023 |
| 14 plus gros émetteurs = 166 autres | Même quantité de CO2 |
Une équipe internationale menée par des scientifiques de l'ETH Zurich a étudié 213 vagues de chaleur majeures survenues entre 2000 et 2023, avec des conséquences humaines et/ou économiques importantes.
Les carbon majors ont rendu certaines canicules au moins 10 000 fois plus probables par rapport à l'ère préindustrielle, et ces événements auraient été pratiquement impossibles sans les émissions anthropiques.
L'ancien Union soviétique a augmenté de 10 000 fois la probabilité de survenue de 53 vagues de chaleur. Ces 53 canicules n'auraient très probablement pas eu lieu sans la contribution de l'ex-URSS.
« Il existe des vagues de chaleur que les carbon majors ont rendues au moins 10 000 fois plus probables par rapport à l'ère préindustrielle, et qui auraient été pratiquement impossibles sans l'influence anthropique. »
L'équipe s'est appuyée sur l'étude d'attribution, une méthode développée ces dernières décennies pour évaluer scientifiquement la responsabilité dans les événements météorologiques extrêmes.
« Après la vague de chaleur qui a touché l'Europe en 2003, certaines ONG nous ont demandé s'il était possible de démontrer scientifiquement la responsabilité des carbon majors, dans le but d'engager des poursuites judiciaires. À l'époque, je n'y croyais pas. » — Pascal Yiou, LSCE
Ces études d'attribution permettent maintenant de surveiller presque systématiquement l'influence du changement climatique sur les événements extrêmes.
Ces conclusions pourraient peser dans les négociations climatiques internationales et ouvrir la voie à:
Réussir à attribuer l'impact des extrêmes météorologiques au changement climatique — une donnée majeure pour les mécanismes internationaux de compensation.
« Il est pratiquement certain que les épisodes de chaleur extrêmes (dont les vagues de chaleur) sont devenus plus fréquents et plus intenses dans la plupart des régions depuis les années 1950. Le changement climatique induit par les activités humaines est le principal facteur à l'origine de ces changements. »
« Cette conclusion peut peser dans les discussions politiques. Les auteurs démontrent l'importance d'agir pour limiter le changement climatique. »
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Période d'analyse | 2000-2023 |
| Vagues de chaleur majeures | 213 événements |
| Avec conséquences humaines/économiques | Toutes analysées |
L'ex-Union soviétique a augmenté de 10 000 fois la probabilité de 53 vagues de chaleur spécifiques.
Deux études focalisées sur la Colombie-Britannique et Paris aboutissent à des résultats très cohérents avec cette recherche.
« Ces études d'attribution comportent une lacune : elles n'évaluent pas la cause de ces phénomènes météorologiques extrêmes. Pour les canicules de 2003 et 2021 en Europe, des mécanismes météorologiques différents sont en cause. »
Intégrer l'ensemble des paramètres qui décrivent la physique de l'atmosphère rend le calcul très complexe, et donc coûteux en temps de calcul et ressources informatiques.
Malgré ces limites, l'étude reste sérieuse et démontre l'importance d'agir pour limiter le changement climatique.
Directeur de recherche au Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement (LSCE) à l'Institut Pierre-Simon Laplace.
Spécialiste des études d'attribution et des événements météorologiques extrêmes liés au changement climatique.
Pascal Yiou, directeur de recherche au LSCE, Institut Pierre-Simon Laplace